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JE VOUDRAIS PAS CREVER est l’adaptation de deux nouvelles de Boris Vian : les Fourmis et le Rappel. Un soldat américain débarque sur la plage. Autour de lui, un tas de types morts, de morceaux de types et des camions démolis. Il n’aime pas ce désordre pour le plaisir. Puis c’est l’avancée à l’intérieur des terres, les attaques, les permissions et surtout l’ennui d’un combat qui n’en finit pas. Reste alors l’imagination de ce héros qui nous emmène dans un voyage en musique aussi drôle qu’atroce.

Un homme, un autre, saute du sommet de l’Empire State Building. Il décide d’ouvrir les yeux tous les dix étages et de regarder par les fenêtres. A chaque fois, un nouvel appartement et autant de souvenirs qui resurgissent. Au dix-septième, l’endroit paraît accueillant : il entre par la fenêtre. Une jolie femme vêtue de jaune l’attend.

D'après Boris Vian
Adaptation et mise en scène: Olivier Lenel
Assistanat et régie: Simon Hommé
Arrangement musical: Felix Ulrich
Avec Marie du Bled, Nicolas d’Oultremont, Mikaël Sladden et Felix Ulrich
Travail vidéo: Maxime Pistorio

Avec le soutien du Centre Culturel Bruegel.
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Boris Vian
Boris Vian naît le 10 mars 1920. Il est le second des quatre enfants de Paul Vian et Yvonne Ravenez. Il a un grand frère Alain. Suivront Lélio et Ninon. Yvonne, passionnée de musique, choisit le prénom « Boris » d’après l’opéra de Moussorgski : Boris Godounov. Yvonne joue de la harpe et du piano. Dès sa naissance, Boris baigne dans la musique. La famille Vian vit à Ville-d’Avray, un quartier huppé des environs de Paris. Suite à la réussite du grand-père dans la ferronnerie d’art, Paul peut nourrir sa famille grâce à ses rentes. Dans sa jeunesse, Boris ne manque de rien et Paul s’ingénie à inventer sans cesse de nouvelles distractions pour ses enfants. Il cultive aussi chez eux le mépris de l’autorité (Armée, Eglise, Argent – dont il ne manque pas). En 1929, suite au krach boursier, le père perd sa fortune. Il est obligé de travailler. La famille déménage dans la « maison du portier », agrandie pour l’occasion, et loue la demeure principale à la famille Menuhin. Le jeune Yehudi, futur violoniste, devient le compagnon de jeu des frères Vian, tout comme François Rostand, un voisin, petit-fils de l’auteur de Cyrano de Bergerac.

Les années d’avant-guerre marquent l’arrivée du Jazz américain en France. Les frères Vian, avec l’aide du père, construisent une salle de bal et deviennent célèbres pour leur « surprises-parties ». A l’âge de 14 ans, Vian se met à la trompette et intègre le Hot Club de France. Avec son orchestre, il anime les soirées de Ville-d’Avray. Alain est à la batterie et Lélio à la guitare. Lorsque qu’il ne joue pas de la musique, Boris « joue avec les mots ». La famille et les amis se réunissent souvent pour composer des bouts-rimés, des charades et autres. C’est par le jeu, qu’il découvre la poésie.

La scolarité de Boris est perturbée par des problèmes de santé. Pendant son adolescence, on décèle chez lui un rhumatisme cardiaque. Yvonne, surnommée la « mère Pouche » (dont il tirera un portrait acerbe dans L’Arrache-cœur (1953)) multiplie les gestes de protection. Quand la guerre est déclarée, il est réformé dû à son insuffisance aortique. Il entre à l’Ecole centrale des arts et manufactures pour apprendre le métier d’ingénieur. L’été 1940 est marqué par deux rencontres déterminantes : Michelle Léglise qui deviendra la femme de Boris et le Major Jacques Loustalot, avec qui naît une grande amitié. Michelle et Boris se marient le 3 juillet 1941 et s’installent à Paris, loin de la mère Pouche. Même si Ville-d’Avray reste chaque week-end le lieu incontournable des surprises-parties. Une véritable complicité intellectuelle s’installe entre les deux amoureux, passionnés par le jazz, le cinéma et la littérature. Leur premier enfant, Patrick, nait le 12 avril 1942. Le Major est lui plus jeune que Boris et complètement déluré. Il invente des histoires, n’hésite pas à jouer avec son œil de verre et quitte les suprises-parties par la fênetre plutôt que par la porte d’entrée. En 1948, il mourra d’une chute mortelle d’une fenêtre. Il devient un personnage récurrent dans l’œuvre de Vian.

Pendant l’occupation, seuls comptent pour Vian l’amusement et le jazz. La politique et la guerre semblent loin de lui. Vian est diplomé de l’Ecole centrale en 1942 et trouve un emploi à l’AFNOR (Association française de normalisation), un paradoxe pour ce jeune homme résolument anticonformiste. A cette période Vian se divertit par l’écriture. Pour faire ses gammes, et jouer avec la langue, il compose des poèmes qu’il rassemble sous le titre de Cents sonnets (1944). Pour remonter le moral de Michelle qui doit être opérée, il écrit Conte de fées à l’usage des moyennes personnes (1943), sa première œuvre achevée. Si Vian écrit, c’est d’abord pour lui et ses copains. En témoignent Trouble dans les Andains (1942-43) et Vercoquin et le Plancton (1943-44), deux fresques de ses célèbres surprises-parties dont les héros sont évidemment ses amis. Ce dernier roman devient l’hymne zazou, un mouvement qu’il côtoie mais dont il ne fait pas partie.

La joie de la Libération contraste avec un drame familial. Le père de Boris, Paul, est assassiné chez lui le 22 novembre 1944 par des malfaiteurs qui lui tirent dessus à bout portant. Ce meurtre ne sera jamais élucidé. Ce décès marque la fin des jours heureux de Ville-d’Avray. La famille se disperse. Après la guerre, et pour gagner un peu d’argent, Vian passe ses soirées à jouer pour les soldats américains en permission. A la même époque, le roman Vercoquin et le Plancton passe par les mains de Jean Rostand, l’ancien voisin. Il décide de le soumettre à son ami Raymond Queneau, membre du comité de lecture chez Gallimard. Queneau propose à Vian de remanier son roman afin de pouvoir le faire éditer par Gallimard. Vian accepte immédiatement. Avec cette publication, Boris Vian fait son entrée dans le monde littéraire et entame une amitié durable avec Raymond Queneau. L’après-guerre marque aussi la grande époque des soirées dans les caves de Saint-Germain-des-Prés. Vian n’hésite pas à y jouer de la trompette. En 1946, via Michelle, il y rencontre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Il propose à Sartre de publier dans sa revue « Les temps modernes » sa nouvelle Les fourmis. Après cette première collaboration, Sartre l’engage comme rédacteur. Vian y écrit ses chroniques du menteur, une manière originale de prendre à contre-pied l’actualité.

Vian commence à se faire un nom dans la littérature. En 1946, Queneau parle à Vian du prix de la Pléiade chez Gallimard : un belle reconnaissance dans le monde littéraire et une somme conséquente à la clé. Pour l’obtenir, Vian compose en à peine trois mois un roman qui deviendra un classique de la littérature L’Ecume des Jours (1947) – roman qu’il écrit alors qu’il travaille à temps plein à l’Office du papier. Malgré le soutien de Sartre et Queneau, il ne gagne pas. C’est une grosse déception pour le jeune écrivain en herbe. Mais cela le convainc qu’il vivra désormais de sa plume. L’année 1946 marque aussi la parution d’un roman qui poursuivra Vian jusqu’à sa mort : J’irai cracher sur vos tombes. Pour aider un ami à lancer sa maison d’édition, Vian écrit ce roman noir en deux semaines. En utilisant un pseudonyme : Vernon Sullivan, Vian fait croire qu’il n’est que le traducteur de ce roman scandaleux « venu d’Amérique ». A sa sortie, le livre n’a que peu de succès. Le 7 février 1947 une plainte est déposée pour « outrage aux bonnes mœurs par voie du livre ». Cette attaque en justice fait paradoxalement décoller les ventes. Pour se dédouaner, Vian rédige le faux original en anglais I shall spit on your graves. Fin mars, un fait divers fait exploser les records de vente puisque le roman est retrouvé sur une scène de crime. Or, le meurtre correspond à celui décrit dans le livre. Vian devient « assassin par procuration » et le livre se vend à plus de 100.000 exemplaires. Certains commencent à douter de l’existence de Vernon Sullivan qui récidive en 1947 puisque parait Les morts ont tous la même peau. Vian vit désormais du succès de ses romans « scandaleux ».

La période 1946-47 comprend également l’écriture du roman L’Automne à Pékin et une première pièce de théâtre L’équarrissage pour tous.

Carole, le second enfant de Michele et Boris, nait le 16 avril 1948. Vian continue d’écrire des chroniques dans différents magazines : « Combats », « Arts » et « Jazz Hot » et se lance aussi dans la traduction de romans noirs. Suite à sa (fausse) traduction de I shall spit on your graves, on lui propose de traduire pour Gallimard Kenneth Fearing et Raymond Chandler. Michelle est y certainement pour beaucoup dans ces traductions, elle qui maitrise l’anglais bien mieux que Boris. Le 24 novembre 1948, Vian reconnait officiellement être l’auteur officiel des romans de Vernon Sullivan. Il écrit à cette période un troisième opus sous ce pseudonyme Et on tuera tous ces affreux (1948). En 1949, J’irai cracher sur vos tombes est interdit à la vente. Les morts ont tous la même peau fait aussi l’objet d’un procès en 1950. En guise de pied de nez Sullivan persiste et signe Elles se rendent pas compte (1950).

1949-50 est une période difficile pour Vian. Après une adaptation ratée pour le théâtre de J’irai cracher sur vos tombes, il se lance dans l’écriture d’un nouveau roman, L’Herbe Rouge (1950). Tout comme L’Automne à Pekin, ce roman est refusé par Gallimard. L’Herbe rouge est publié par un petit éditeur et tombe rapidement dans l’oubli. Le couple connaît également une période de crise et décide de prendre de l’air. Michelle devient dès 1949 la maitresse de Sartre, Boris rencontre sa future compagne Ursula Kubler en juin 1950. Vian quitte « Les Temps Modernes » suite au scandale Sullivan. En 1951, sur ordre des médecins et pour préserver son cœur malade, il délaisse la trompette et décide d’organiser la venue de grands Jazzmen américains dans les caves de Paris : Duke Ellington – son idole, Charlie Parker et bien d’autres. Il se lie d’amitié avec Eddy Barclay et publie des articles de Jazz dans sa revue : « Jazz News ».

Vian en termine avec l’écriture romanesque avec L’arrache-cœur qu’il rédige en 1950-51. Il s’agit sans doute là d’un de ses romans les plus personnels. Clémentine y incarne une mère protectrice à l’extrême au point d’enfermer ses enfants, Joël, Noël et Citroën, dans des cages. C’est un nouveau refus de la part de Gallimard. Ce livre qui devait être le premier d’une trilogie sera le dernier roman de Vian, sans doute écœuré d’être si mal compris par ses pairs.

L’Equarrissage pour tous, écrit trois ans plus tôt est monté au Théâtre des Noctambules. Vian se lance dans le théâtre « politique ». Pourtant attaqué par la critique qui juge le spectacle provocateur, Vian écrit Le Dernier des métiers (1950) et Le Goûter des généraux (1951). Une fois de plus ces écrits sont des échecs. Au printemps 1951, il quitte le domicile conjugal et s’installe avec Ursula. Elle est danseuse aux Ballets de Roland Petit. Ils se sont rencontrés à un cocktail chez Gallimard. Elle est un rayon de soleil dans une existence en crise. Elle partagera la vie de Boris jusqu’à la fin. Ayant mis fin à sa production romanesque, Vian n’arrête pas pour autant d’écrire. Il traduit notamment plusieurs romans de Science-Fiction, un genre encore méconnu et qu’il participe à faire connaître. Il rédige aussi des piges pour différentes revues. Vian, qui a toujours refusé de payer ses impôts est poursuivit par le fisc. Il se voit contraint d’accepter des travaux alimentaires. Lui qui déteste la notion de travail presqu’autant que l’autorité, on le condamne à traduire les mémoires du général Bradley. Ce travail est vécu comme un calvaire. Vian est fatigué. Il écrit aussi ses plus belle poésies à cette période dont Je voudrais pas crever (1952).

A partir de 1952 Vian se tourne vers la scène. Le 8 avril 1952, il présente Cinémassacre. Le spectacle, composé d’une série de sketches, connaît un grand succès. Quatre cents représentations sont données. Trois autres spectacles suivront : Fluctuat nec mergitur (1952), Dernière Heure et Ca, c’est un monde (1954). Une autre découverte pour Vian est l’Opéra. Suite à une commande du Festival dramatique que Normandie, il conçoit Le chevalier de Neige (1952) d’après l’histoire de Lancelot. La musique est composée par Georges Delerue. Le spectacle est une véritable réussite et Vian renoue avec le succès dans un domaine où on ne l’attendait certainement pas. Cette incursion dans la « chanson » ne s’arrête pas là. Ayant déjà écrit quelques textes dès 1944, il commence à prendre ce genre mineur vraiment au sérieux. Dans un premier temps Vian écrit pour les autres. Une fois de plus, il crée la polémique avec Le Déserteur, qu’il chante dès 1955 lorsqu’il décide d’interpréter lui-même ses morceaux. Le Déserteur est interdit sur les ondes. Un groupuscule d’anciens combattants décide même de suivre Vian dans sa tournée pour perturber le déroulement de ses prestations. Grâce à la chanson, il rencontre Henri Salvador et compose avec le chanteur plusieurs dizaines de morceaux.

Parallèlement à ses activités musicales, Vian intègre le Collège de Pataphysique. Fondé en 1948, il compte des personnalités comme Queneau, Prévert, Ernst et Ionesco. Ayant pour maître à penser Alfred Jarry, les pataphysiciens propose une science des solutions imaginaires. C’est par ailleurs le Collège qui édite le dernier texte de théâtre de Boris Vian en 1957 Les Bâtisseurs d’empire. Vian s’occupe aussi désormais de la section Jazz et Variété chez Philips. Il devient découvreur de talent et sort de l’anonymat Zizi Jeanmaire et Serge Gainsbourg. En mai 1958, il devient directeur artistique de la sous-marque de Philips, Fontana. Vian fait aussi du cinéma et interprète une quinzaine de petits rôles. Ayant subi en 1957 une crise d’œdème pulmonaire, Vian prend chaque jour ses médicaments et doit se ménager. Mais cela ne l’empêche pas, jusqu’à la fin, de prendre son travail de producteur de jazz très au sérieux. Il signe également un opéra en un acte Fiesta (1958) pour le Festival du théâtre musical de Berlin.

Le 23 juin 1959, il est invité à venir assister à l’adaptation cinématographique de J’irai cracher sur vos tombes. Vian a demandé à ce que son nom soit retiré du générique étant donné les relations pitoyables qui se sont installés entre lui et les producteurs. D’ailleurs, ce n’est pas lui qui signe le scénario. Le film s’annonce très mauvais. Après dix minutes de film, Vian est victime d’une crise d’œdème pulmonaire. Il est conduit à l’hopital et y meurt à midi. Il est possible qu’il ait oublié de prendre ses médicaments.

Le jour de l’enterrement de Boris Vian, les fossoyeurs sont en grève. Ce sont dont les amis qui inhumeront le corps. Son enterrement ressemble étrangement à celui de Chloé, l’héroïne de L’Ecume des jours. Lui qui avait toujours assuré ne pas atteindre l’âge de quarante ans meurt à trente-neuf ans et quatre mois. Son œuvre littéraire ne rencontrera le succès que quelques années après sa mort. Il devient l’icône d’une jeunesse en quête de liberté.

Une question de choix
Par Olivier Lenel (metteur en scène)

Boris Vian, Bison Ravi, Vernon Sullivan, ingénieur, trompinettiste, écrivain, « pohêteu », chanteur, critique, peintre, pataphysicien. Monter un projet autour de Vian, c’est parler de Vian. Irrémédiablement. En adaptant ses nouvelles, il m’a semblé primordial de parcourir sa vie - ses vies ? , de travailler par collage. Rassembler des bouts pour écrire un tout. Le projet proposé n’est évidemment par exhaustif de l’œuvre de Vian mais il la traverse. Parce qu’à travers ses chansons, ses poèmes, ses écrits, Vian se raconte. Et comment mieux traiter du questionnement universel qu’en partant des obsessions d’un homme.

Si Vian effleure une pensée métaphysique, il ne s’y attarde jamais. Ce qu’il fait, il le fait avant tout pour s’amuser, pour « faire marrer les copains ». Boris Vian se méfie du sérieux et brouille la réalité en utilisant aussi bien sa logique d’ingénieur que la pataphysique : la science des solutions imaginaires. Nous aussi, nous cherchons le sourire du spectateur, voire le rire. Même si derrière ce détachement se cache le gouffre de l’existence : d’une part, qu’est-ce qui justifie ma mort ? ; d’autre part, la vie est-elle une chute ?

Boris Vian pose également la question du choix individuel. Nos deux héros sont des personnages nostalgiques, obligés de revenir sur le passé car leur situation ne leur permet pas de se pencher sur l’avenir. Tout ça pour se rendre compte que la seule chose que l’on possède vraiment, c’est le présent. Dans Les fourmis, le narrateur est victime d’une autorité qui l’empêche de choisir, encore plus de penser. Il faut exécuter les ordres. La vie n’a pas de valeur, et les soldats, tels des fourmis, sont les éléments d’un tout. Mais devant la mort, l’homme est seul. Il peut simplement se demander comment il a pu en arriver là. Peu importe finalement à qui la faute. De même, le héros du Rappel, saute du sommet de l’Empire State Building, poussé par la peur d’être peut-être arrêté par la police après avoir peut-être tué le père de la fille qu’il aime car celui-ci n’aurait peut-être pas apprécié leur union.

Vian, en mettant en scène la mort, se fait le défenseur de la vie, celle qu’on décide. Il pose la question de la place que l’on veut accorder à la vie dans notre existence. La mort ne nous appartient pas, la vie oui. Vian remet l’individu à sa place : au centre.

Lettre à Monsieur Faber
LETTRE A MONSIEUR FABER, CONSEILLER MUNICIPAL
[responsable de la censure du Déserteur]

par Boris Vian

Cher Monsieur,

Vous avez bien voulu attirer les rayons du flambeau de l’actualité sur une chanson fort simple et sans prétention, Le Déserteur, que vous avez entendue à la radio et dont Je suis l’auteur. Vous avez cru devoir prétendre qu’il s’agissait là d’une insulte aux anciens combattants de toutes les guerres passées, présentes et à venir. Vous avez demandé au préfet de la Seine que cette chanson ne passe plus sur les ondes. Ceci confirme à qui veut l’entendre l’existence d’une censure à la radio et c’est un détail utile à connaître. (…)

De deux choses l’une : ancien combattant, vous battiez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? Si vous vous battiez pour la paix ce que j’ose espérer, ne tombez pas sur quelqu’un qui est du même bord que vous et répondez à la question suivante : si l’on n’attaque pas la guerre pendant la paix, quand aura-t-on le droit de l’attaquer ? Ou alors vous aimiez la guerre — et vous vous battiez pour le plaisir ? C’est une supposition que je ne me permettrais pas même de faire, car pour ma part, je ne suis pas du type agressif. Ainsi cette chanson qui combat ce contre quoi vous avez combattu, ne tentez pas, en jouant sur les mots. de la faire passer pour ce qu’elle n’est pas : ce n’est pas de bonne guerre.

Car il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres — encore que le rapprochement de « bonne » et de « guerre » soit de nature à me choquer, moi et bien d’autres, de prime abord — comme la chanson a pu vous choquer de prime abord. Appellerez-vous une bonne guerre celle que l’on a tentée de faire mener aux soldats français en 1940 ? Mal armés, mal guidés, mal informés, n’ayant souvent pour toute défense qu’un fusil dans lequel n’entraient même pas les cartouches qu’on leur donnait (Entre autres, c’est arrivé à mon frère aîné en mai 1940.), les soldats de 1940 ont donné au monde une leçon d’intelligence en refusant le combat: ceux qui étaient en mesure de le faire se sont battus — et fort bien battus : mais le beau geste qui consiste à se faire tuer pour rien n’est plus de mise aujourd’hui que l’on tue mécaniquement ; il n'a même plus valeur de symbole, si l’on peut considérer qu’il l’ait eu en imposant au moins au vainqueur le respect du vaincu.

D’ailleurs mourir pour la patrie, c’est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous — car où sera la patrie ? Ce n’est pas la terre — ce sont les gens, la patrie (Le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense.). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l’on est censé défendre — et les soldats n’ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée. (…)

v Non, monsieur Faber, ne cherchez pas l’insulte où elle n’est pas et si vous la trouvez, sachez que c’est vous qui l’y aurez mise. Je dis clairement ce que je veux dire : et jamais je n’ai eu le désir d’insulter les anciens combattants des deux guerres, les résistants, parmi lesquels je compte bien des amis, et les morts de la guerre — parmi lesquels j’en comptais bien d’autres. Lorsque j’insulte (et cela ne m’arrive guère) je le fais franchement, croyez-moi. Jamais je n’insulterai des hommes comme moi, des civils, que l’on a revêtus d’un uniforme pour pouvoir les tuer comme de simples objets, en leur bourrant le crâne de mots d’ordre vides et de prétextes fallacieux. Se battre sans savoir pourquoi l’on se bat est le fait d’un imbécile et non celui d’un héros ; le héros, c’est celui qui accepte la mort lorsqu’il sait qu’elle sera utile aux valeurs qu’il défend. Le déserteur de ma chanson n’est qu’un homme qui ne sait pas ; et qui le lui explique ? (…) J’ai trente-quatre ans aujourd’hui, et je vous le dis : S’il s’agit de tomber au hasard d’un combat ignoble sous la gelée de napalm, pion obscur dans une mêlée guidée par des intérêts politiques, je refuse et je prends le maquis. Je ferai ma guerre à moi. Le pays entier s’est élevé contre la guerre d’Indochine lorsqu’il a fini par savoir ce qu’il en était, et les jeunes qui se sont fait tuer là-bas parce qu’ils croyaient servir à quelque chose — on le leur avait dit — je ne les insulte pas, je les pleure ; parmi eux se trouvaient, qui sait, de grands peintres, de grands musiciens, et à coup sûr, d’honnêtes gens. (…)

Et un conseil : si la radio vous ennuie, tournez le bouton ou donnez votre poste ; c’est ce que J’ai fait depuis six ans ; choisissez ce qui vous plaît, mais laissez les gens chanter, et écouter ce qui leur plaît.

C’est bien la liberté en général que vous défendiez quand vous vous battiez, ou la liberté de penser comme monsieur Faber ?

Bien cordialement

Boris Vian

Fiche technique
Fiche technique « Je voudrais pas crever »

Eclairage:
9 PC 500W
1 PC 1000W
9 découpes
(2 découpes sont utilisées à longue distance, les autres sont presque en douche)
2 iris pour les découpes « longue distance ».
+ projecteurs suffisants pour faire un plein feu sur le plateau avec des contres.
Gradateurs et console adéquats
1 vidéo projecteur + volet (« shutter »)
l’écran est fourni par la compagnie, il a une largeur de 2,5 m et se trouve en fond de scène.
17 circuits sont nécessaire.
+ les circuits nécessaires au plein feu.
L’éclairage de salle est utilisé pendant le spectacle.
Filtres 152.

Il est possible d’alléger le nombre de projecteurs et de circuits. Ceci est à voir, selon les conditions techniques, avec le responsable de notre compagnie. Suivant la hauteur du grill, certaines découpes peuvent être renplacés par des PC 500W ou 1000W.

Son:
1 lecteur cd
2 enceintes
1 Micro HF (à la main)
Console adéquate
Plateau:
6M de large min.
6M de profondeur min.
3M50 de hauteur min.
1 – 2 pendrillon(s) pour couvrir la largeur du plateau
Un accès aisé au plateau pour le déchargement du décor
Un technicien connaissant la technique du lieu.

Dans la deuxième partie, des objets sont suspendus et descendent sur le plateau. Il est donc impératif d'avoir un grill ou tout autre point d'accroche. Le régisseur de la compagnie prendra connaissance du lieu avant la signature du contrat.

Autre :
La compagnie demande l’encadrement d’un technicien connaissant le lieu et le matériel avant, pendant et après la représentation.
La compagnie souhaite une table de catering pour 5 personnes dans les loges 1h30 avant le début de la représentation.
Le lieu devra être pourvu d’un accès aisé au plateau et/ou d’une équipe (2 personnes) d’aide au déchargement.
Le spectacle est composé de deux parties. Une pause de 15 minutes est nécessaire entre ces deux parties.